LA SOCIÉTÉ DE SAINT-VINCENT DE PAUL
HISTOIRE, ORIGINE ET DEVELOPPEMENT, PRESENCE DANS LE MONDE.

 

Ozanam Desk

 

 

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De la Conférence d'Histoire à la Conférence de Charité

La Société de Saint-Vincent de Paul est née à Paris, au sein d’un groupe d’étudiants catholiques, appelé Conférence d’Histoire, animé par Emmanuel Bailly, fondateur de la Tribune Catholique et collaborateur de Lammenais.

En cette période qui se situe au lendemain de la révolution de juillet, les combats d’idées étaient vifs. Bailly réunissait quelques étudiants chrétiens pour traiter de questions d’histoire, de droit, de littérature, de philosophie. Parmi eux se trouvait un jeune étudiant en droit, venant de Lyon, Frédéric Ozanam.

E.Bailly

En ce temps de début de révolution industrielle, Ozanam était convaincu de l’existence d’une convergence profonde entre l’Evangile et la Déclaration des droits de l’homme de 1789, et les principes de "Liberté, Egalité, Fraternité".

Les discussions étaient parfois orageuses. Un jour, un étudient faisant l’éloge du scepticisme de Byron lança cette objection ; "Le christianisme a fait, autrefois, des prodiges, mais actuellement il est mort ! Vous qui vous vantez d’être catholiques, que faites-vous ? Où sont vos œuvres, les œuvres qui prouvent votre foi et qui puissent nous faire adopter?

Frappés par cette objection, Ozanam et quelques amis se dirent : "Ne parlons pas tant de charité… faisons-la plutôt et secourons les pauvres !" Le Taillandier propose de se réunir entre chrétiens, non pour parler mais pour agir : faire une Conférence de Charité. Ils s’ouvrirent de cette idée à Emmanuel Bailly en lui déléguant Ozanam pour lui proposer la fondation d’une œuvre de jeunes, dont l’idéal de charité s’incarnait dans la visite des pauvres.

Bailly approuva leur dessein, leur fournit comme local le bureau de rédaction de la Tribune Catholique et accepta de diriger le nouveau groupement.

Naissance de la Société de Saint-Vincent de Paul<

La première réunion eut lieu le 23 avril 1833 (on dit même à 8 heures du soir !) et elle comprenait, par ordre d’âge :

  • Emmanuel Bailly, 42 ans.

  • Paul Lamache, 23 ans, étudiant en 2e année de Droit, fils de médecin

  • Félix Clavé, 22 ans, étudiant, fils d'enseignant

  • Auguste le Taillandier, 22 ans, étudiant en 2e année de Droit, fils de négociant

  • Jules Devaux, 22 ans, étudiant en 2e année de Droit, fils de médecin

  • François Lallier, 20 ans, étudiant en 2e année de Droit, fils de médecin

  • Frédéric Ozanam, 20 ans, étudiant en 2e année de Droit, fils de médecin 

Bailly prend la tête du groupe et Devaux en devient le trésorier.

On pose déjà le principe d’une réunion hebdomadaire et on convient d’adopter comme activité fondamentale la visite à domicile des pauvres.

Soeur Rosalie Rendu
Le groupe se place sous le patronage de Saint-Vincent de Paul et sous la protection de la Vierge Marie.

L’équipe se met en rapport avec une Fille de la Charité, Sœur Rosalie Rendu, qui organisait la distribution des secours du bureau de bienfaisance du quartier de la rue Mouffetard (dans le XIIe arrondissement d’alors.).

La collaboration se poursuit et certains membres de la première Conférence obtiennent le titre très officiel de "Commissaires de Charité" le 1er février 1834.

 

Une croissance fulgurante

 Frédéric Ozanam écrivait, le 24 juillet 1834, à l’un de ses cousins : "Je voudrais que tous les jeunes gens de tête et de cœur s’unissent pour quelque œuvre charitable et qu’il se formât, par tout le pays, une vaste association généreuse pour le soulagement des classes populaires." Son souhait n’a pas tardé à se réaliser : de novembre à décembre de la même année, le groupe compte plus de 100 membres ! Il faut donc envisager de se scinder, non sans hésitations et regrets. Le 24 janvier 1835 sont créées deux sections, Ozanam devenant vice-président de la première. La Société de Saint-Vincent de Paul est née. La province suit : Les étudiants repartant après leurs études fondent des Conférences : 10 février 1835 Nîmes, 16 août 1836 Lyon, puis Rennes, Nantes…
Lyon dans l'époque d'Ozanam

Devant cette croissance, il faut s’organiser et c’est le premier Règlement, dont les orientations générales sont rédigées par Bailly et les articles par Lallier. Il fut promulgué le 8 décembre 1835, en la fête de l’Immaculée Conception.

Après la province, la contagion dépasse les frontières :

  • 1842 Rome

  • 1843 Belgique, Ecosse, Irlande

  • 1844 Angleterre

  • 1846 Allemagne, Pays-Bas, Grèce, Turquie, Etats-Unis, Mexique

  • 1847 Suisse, Canada

  • 1850 Autriche, Espagne

Dès 1836 il avait fallu créer un "Conseil de Direction" qui, le 27 décembre 1840, prit le nom de Conseil Général, dénomination toujours conservée depuis. Le Bulletin de la Société, destiné à servir de lien entre les membres date, lui, de 1848. Se trouve ainsi réalisé le souhait d'OZANAM : "Je voudrais enserrer le monde entier dans un réseau de charité."

27 ans après sa fondation la Société comptait dans le monde environ 2.500 Conférences et réunissait 50.000 membres. Son budget représentait environ 4 millions de francs de l’epoque. En 1913 8.000 Conférences, 133.000 membres, 15 millions distribués. La guerre de 14-18 ne freine pas l’élan des Vicentiens. On note la présence de Conférences dans certains camps d’Allemagne. Le centenaire de la Société compte 33 nations représentées, 12.000 Conférences et quelque 200.000 membres à travers le monde.

Pour le 150e anniversaire, 38.000 Conférences et 750.000 membres.

Hommes et femmes, jeunes et moins jeunes

Il est certain que, si la Société était formée au départ (Bailly excepté) de jeunes étudiants, sa composition et la pyramide des âges ont évolué dans le temps, ses membres se recrutant dans des milieux très divers.

Au début, les femmes étaient pratiquement absentes de l’Université et ne participèrent donc pas à la création. Toutefois, malgré l’existence des Dames de Charité, fondées par Saint-Vincent lui-même et des Louise de Marillac, pour les jeunes filles, elles souhaitèrent rejoindre la Société en adhérant aux règles fixées par les fondateurs. Cela fut d’autant plus naturel que des femmes de Confrères aidaient leurs maris quand la situation des personnes à visiter rendait la présence d’un homme assez délicate.

Les mœurs de l’époque étaient loin de la mixité.

C’est pourquoi, en 1856, s’est fondée à Bologne la branche féminine de la Société de Saint-Vincent de Paul. Les temps ayant changé (et la constante présence des jeunes n’y est certainement pas étrangère), les deux branches ont fusionné le 20 octobre 1967, lors d’une Assemblée internationale à Paris, consacrant une situation de fait qui voyait hommes et femmes partager le même idéal… et les mêmes réunions !

C’est dans le même esprit que se réalisa, le 15 mars 1969, en France, la fusion de la Société avec le Mouvement des Louise de Marillac. Ce Mouvement, rappelons-le, avait débuté en 1909 sous l’impulsion de l’Abbé Lenet, Curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, comme une filiale des Dames de la Charité.

Et maintenant ?

 La Société à traversé de multiples épreuves, une révolution, trois guerres. De 1861 à 1870 la circulaire Persigny ordonnait la "dissolution" des Conseils implique une mise en veilleuse de la Société en France. Le conflit mondial de 39-45 fut meurtrier, faisant disparaître des Conférences. Elle a été en butte à des idéologies antichrétiennes qui ont contraint dans certains pays les Confrères à cesser leurs réunions, considérées comme subversives et à rentrer dans la clandestinité.

Ils ont cependant conservé leur idéal, comme en témoignent des nouvelles reçues par le Conseil général, qui ne pouvait naturellement pas en faire état. Ne perdons pas de vue d'ailleurs que cette situation existe encore ici ou là.

Les modifications intervenues ces dernières années dans les pays de l'Est ont permis de voir refleurir des Conférences et elles ne cessent de s'accroître.

La situation en 1998 est la suivante en ce qui concerne la répartition des Conférences dans le monde (Cf. la liste jointe, extraite de Vincenpaul)

La répartition qui voit deux tiers des Conférences dans les Pays en développement, en a fait, par son esprit de partage fraternel, un précurseur dans la réflexion et l'action en faveur du développement avec les partenaires du Tiers-Monde.

On peut dire que la croissance de la Société est une réponse aux besoins qui se manifestent, besoins qui varient selon les époques et les pays. "Fidèle à ses fondateurs, elle a pour souci constant de se renouveler et de s'adapter aux conditions changeantes du monde... Aucune oeuvre de charité n'est étrangère à la Société. Son action comprend toute forme d'aide par un contact de personne à personne pour alléger la souffrance et promouvoir la dignité et l'intégrité de l'homme". (Manuel de la Société de Saint-Vincent de Paul du Conseil national de France, 1991, la Règle, titre 1, page 47).

Les Vincentiens doivent s'efforcer sans cesse de percevoir, par delà le plan individuel - cadre normal de leur action - le plan institutionnel - cadre élargi de toute démarche humanitaire. La simple bonne volonté ne suffit plus. Elle doit faire place à un bénévolat sérieux, lucide, organisé et respectueux de la dignité d'autrui, capable d'aider le pauvre à s'affranchir lui-même de sa pauvreté.

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