BIOGRAPHIE DE SAINT- VINCENT DE PAUL

 

L' article in Catholicisme
Vol. XV, coll 1157-1164
Bernard Koch, C.M.

 

 

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San Vicente de Paúl

Saint-Vincent de Paul (1581-1660)

Biographie

Vincent est né à Pouy, près de Dax, au printemps 1581, dans une famille de notables ruraux. La situation matérielle était précaire, car la région se relevait lentement des ravages des bandes protestantes de Jeanne d’Albret, mère de Henri IV. Seule Dax avait pu résister derrière ses remparts. Vincent ne fera jamais allusion à ces événements et prônera toujours le dialogue humble avec les protestants. Son père était d’une famille de notables ruraux et sa mère fille du possesseur d’une petite seigneurie rurale; la campagne se relevait lentement des destructions.

Un oncle [1158] paternel, chanoine, était prieur d’un hospice voisin pour les voyageurs et pèlerins pauvres, les oncles maternels étaient magistrats et le grand-père tenait une terre noble. Ses parents cultivaient un modeste domaine, et Vincent n’évoquera que cet aspect de "paysan". Pauvres? oui, face à la bourgeoisie des grandes villes; mais ils étaient propriétaires, et habitués aux relations avec les divers milieux sociaux.

Ce terreau familial lui éveillait l’esprit et l’accoutumait à fréquenter aisément tous les milieux. On avait la foi simple en la Providence de Dieu, on lui gardait confiance malgré les calamités.

Son père le fit étudier pour qu’il puisse recevoir un bénéfice ecclésiastique, à l’exemple de l’oncle, et c’est son protecteur, avocat au Présidial de Dax qui lui inspira l’idée de la prêtrise. Il déclarera plus tard qu’il n’avait pas alors conscience de la grandeur de ce ministère et de ses responsabilités. Après le collège à Dax, organisé sur quatre ans, ce fut l’Université, probablement d’abord à Saragosse, en fin 1596, puis à Toulouse, à partir de fin 1597 .

Apparemment pressé de recevoir les Ordres, il est ordonné sous-diacre puis diacre en 1598 et en 1599 il obtient, à 18 ans, les «dimissoires» permettant d’être ordonné prêtre par n’importe quel évêque, le siège de Dax étant vacant.

Le nouvel évêque arrive tôt après, en janvier 1600, et décrète dès avril la réforme tridentine, de façon rigoureuse, sans l’accord des chanoines, qui bloquent toute activité à la cathédrale.

Vincent attend, mais au bout d’un an, comme cela dure, il va recevoir la prêtrise lors de l’ordination générale de Périgueux, durant les Quatre-Temps de septembre 1600, à Château-l’Évêque, car l’évêché et la cathédrale Saint-Étienne (ce n’était pas Saint-Front, alors) avaient été détruits par les protestants.

Il termine ses études à Toulouse en 1604 avec le Baccalauréat en théologie et la Licence d’enseigner le 2e Livre des Sentences de Pierre Lombard, sur la création, le péché, la liberté et la grâce, ce qu’il a probablement fait jusqu’en mai ou juin 1605.

Il gardera la sûreté théologique et les dons d’enseignant. Lors de la querelle janséniste, il composera un très court mais magistral traité sur la Grâce.

Suivent des aventures qu’il a narrées dans deux lettres autographes, demandant à son bienfaiteur de lui envoyer ses lettres d’ordination et ses diplômes en théologie tout en expliquant son silence de deux ans.

Pris par des corsaires barbaresques et vendu au service de quatre maîtres différents, un pécheur, un alchimiste, le neveu de celui-ci, et finalement un chrétien renégat, de Nice, fermier dans les collines aux environs de Tunis, il a pu s’échapper avec lui par mer jusqu’en Avignon, où le renégat abjura entre les mains du nonce, intéressé par les recettes d’alchimie de Vincent, qu’il emmène avec lui à Rome à l’automne 1607, avec l’espoir de lui procurer quelque bon poste rentable.

Les lettres manquant du sceau de l’évêque, il doit les redemander une deuxième fois, de Rome, le 28 février 1608 .

Le style assez rocambolesque du récit a amené des historiens à ne voir que cela dans ces lettres et à douter de leur véracité… Ils arguaient entre autres d’une discordance entre les dires de Vincent et le régime turc, dont dépendait l’Afrique du Nord, ainsi que des difficultés d’une traversée de la Méditerranée.

Les spécialistes ont pu répondre à leurs arguments , et une étude récente montre que Vincent est bien informé du droit du sol : G. Veinstein, L’Empire dans sa grandeur, dans R. Mentra : Histoire de l’Empire Ottoman, Paris 1989, p. 190, conclut, lui aussi, à l’encontre de M. Grandchamp, que Vincent manifeste une exacte connaissance du régime ottoman.

D’autres récits et études signalent que des évasions par mer, sous toutes sortes de formes se sont répétées, ainsi João Mascarenhas, Esclave à Alger, Récit de captivité, (1621-1626), Éditions Chandeigne, 1993, 1999, et Bartolomé Bennassar et Lucile Bennassar, Les Chrétiens d’Allah, l’histoire extraordinaire des renégats, XVIe-XVIIe s., Perrin, 1989 (qui repose sur des centaines de documents d’archives). On y voit aussi que la facilité de conversation entre femmes musulmanes et esclaves chrétiens, que les adversaires de la captivité apportent comme grand argument d’invraisemblance, était au contraire extrêmement fréquente… Sans méconnaître la complexité de la question, on ne peut donc prouver que Vincent a menti.

Et surtout, il importe de les lire complètement et attentivement, et pas seulement la partie "récit", et cela, personne ne l’avait encore fait, hormis deux auteurs qui avaient spécialement souligné les compétences juridiques de M. Vincent : l’abbé J. B. Boudignon, Saint Vincent de Paul, modèle des hommes d’action et d’œuvres, 3 éditions, Paris, de 1886 à 1896, et le Chanoine Fournier, Saint Vincent canoniste, dans son panégyrique lors de la Saint Vincent du 19 juillet 1929, qui déplore déjà que les biographes n’aient évoqué que sa prudence, sa patience, etc., et pas ses compétences techniques (Annales de la Congrégation de la Mission, 1929-4, tome 94, n° 375, pp. 763-774, surtout 767-772).

Pourtant M. Coste, leur éditeur en 1920, avait indiqué en notre que le «Monsieur d’Arnaudin», à qui Vincent écrit aussi, dit-il à la fin de la première lettre, et le «M. De La Lande», à qui il envoie aussi la deuxième lettre, sont selon toute vraisemblance respectivement «Pierre D’Arnaudin, notaire», et «Bertrand De Lalande, conseiller du Roi et Lieutenant général du présidial de Dax (tribunal juste en dessous des Cours de Parlements) pour qu’il la transmette au Procureur du Roi ! va-t-on raconter des galéjades à de tels hommes ? et en France, qui peut faire vérifier ces dires puisqu’elle a des accords avec les Turcs et un consulat à Tunis !

Et si l’on est un peu au courant du Droit des notaires, il saute aux yeux que ces deux lettres ont un caractère juridique et officiel, correspondant tout à fait avec ce qu’indique Claude de Ferrière dans La science parfaite des notaires, Paris 1682 et 1733. Au Livre VIII, chapitre VI, tome II, page 53, on découvre que, outre les demandes de lettres d’ordination et de diplômes, elles sont chacune une demande d’«atermoiement», mot qui signifie «terme ou délai accordé à un débiteur pour payer ses créanciers; il se fait par contrat passé à l’amiable entre le débiteur et ses créanciers». Elle doit se faire devant notaire, c’est pourquoi, comme Vincent est à l’étranger (Avignon est terre papale), il envoie un double à son notaire; elle doit comporter l’aveu des dettes et le motif du retard à rembourser, et enfin, comme tout acte notarié, la signature doit être accompagnée du paraphe, graphisme propre à chaque personne, et qui ne se met que dans les documents officiels. Or ces deux lettres sont paraphées, comme tous les actes notariés de Vincent, alors qu’il ne met jamais son paraphe dans les lettres aux correspondants ordinaires. Cela, personne ne l’a jamais remarqué, parce que les historiens travaillent sur les éditions, pas sur les manuscrits, et M. Coste n’a pas signalé le paraphe dans son édition…

Autrement dit, ces lettres, tout en comportant des récits pleins de verve, sont tout de même des documents administratifs officiels et doivent être prises au sérieux; même s’il est permis de penser que Vincent enjolive parfois son texte, comme il le fera toute sa vie, il faut admettre que le fond de l’histoire est vrai, qu’il fut réellement captif et évadé, comme tant d’autres - qui n’ont pas tous eu la chance de réussir.

De plus, ces deux lettres sont pleines d’enseignements sur Vincent : on y trouve son tempérament, sa facilité à se faire des relations, sa recherche de l’argent, son attachement à ses amis et à sa famille, sa maîtrise de la langue française, qui en fait un véritable écrivain, et l’expression de sa foi chrétienne, qui s’allie encore à un foisonnement de recherches, dont la médecine et l’alchimie.

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Après un an à Rome, il arrive en fin 1608 non pas à Dax, mais à Paris, probablement pour une mission passagère, car en 1610 encore, il espérait retourner près de sa mère avec un bon bénéfice ecclésiastique. Il s’agissait d’une abbaye ruinée, près de La Rochelle, qui ne lui attire que des procès, mais qui lui donnera l’occasion de se faire un bon ami prêtre et de bien connaître la pastorale des protestants - qui n’appliquaient pas l’Édit de Nantes dans les places qui leur étaient accordées. Il reste donc à Paris.

Ces années d’épreuves et d’échecs l’ont fait réfléchir, et il fréquente le milieu pieux de Bérulle, lisant Thérèse d’Avila, dont il avait déjà la première édition en espagnol, Ignace de Loyola, Louis de Grenade, François d’Assise, Scupoli, François de Sales, etc… Cela ne l’empêche pas de chercher encore des revenus.

Il fait des séjours à l’Oratoire, fondé par Bérulle le 11 nov. 1611. La spiritualité est centrée sur Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné. On y tient conférence spirituelle chaque semaine, spécialement aux fêtes de l’année liturgique; l’Eucharistie est vénérée, la Vierge Marie a sa place Bérulle insiste sur la mission de l’Église, mentionnant les plus pauvres. Premier disciple de Bérulle avec Bourgoing, Vincent gardera jusqu’à sa mort la pratique des conférences et les grands axes de l’esprit bérullien : savoir se nourrir de courants spirituels divers en centrant tout sur l’humanité de Jésus, Fils éternel de Dieu, parfait adorateur de son Père, envoyé par lui s’incarner avec nous, nous imprégner de ses états et de son Esprit et nous envoyer poursuivre sa mission. Notre époque appellera cela École Française de spiritualité, mais ce n’est en rien une "École" rigide et on s’y nourrit des auteurs de tous les pays : Bérulle est très ouvert et ses disciples, divers.

En 1612 Vincent prend possession de la cure de Clichy, remplaçant Bourgoing devenu oratorien. Il y trouve un modeste revenu, la gestion d’une paroisse, avec des redevances seigneuriales à payer et d’autres à recevoir, qui permettent des travaux à l’église, mais surtout les joies d’un pasteur zélé, avec un bon peuple.

Il lui restera fidèle, même après son entrée chez les Gondi, fin 1613, au titre de précepteur des enfants. Leur jeune âge lui laisse du temps pour étudier, méditer et prêcher aux paysans des nombreux villages des Gondi, qu’il invite à la confession générale, selon une pratique déjà existante.

Les rares sermons qui nous restent sont de cette époque, et déjà centrés sur la Trinité, l’Incarnation, l’Eucharistie, dans une attitude d’adoration. Il tient spécialement au catéchisme, invoquant l’exemple des protestants aussi bien que celui des saints, et il a le sens de l’Église et de l’évêque .

Près d’Amiens, un jour de janvier 1617, un vieillard qui a fait sa confession générale confie à Madame de Gondi sa joie d’être libéré, avant de mourir, des gros péchés qu’il avait cachés jusque-là : voilà Vincent libéré, lui, du secret de la confession, car la dame le raconte, et l’invite à prêcher en l’église de Folleville, le 25 janvier.

L’effet fut tel qu’il fallut appeler des jésuites en renfort pour confesser : Vincent découvre que la Mission se fait beaucoup mieux en équipe.

Pendant ce temps, Mgr De Marquemont, archevêque de Lyon voulait faire de Châtillon-sur-Chalaronne un centre de missions, car la région avait souffert de la conquête de cette partie de la Savoie en 1599 par Henri IV; cette petite ville, s’étant rendue aux français, avait été peu ruinée, avait bien pansé ses plaies et la paroisse était vivante, animée par les prédications du Père Bourgoing, oratorien, en 1616. L’archevêque demande à Bérulle d’y fonder une communauté de l’Oratoire. Comme c’est à Lyon qu’elle s’installe, en janvier 1617, il semble que ce soit pour satisfaire l’archevêque que Bérulle ait demandé à Vincent d’aller à Châtillon. Celui-ci, sans doute heureux d’échapper aux obligations envers les Gondi, acquiesce aussitôt et en prend possession le 1er août 1617. Les six prêtres, membres d’une "Société", sorte de Chapitre de chanoines, sont valables, Vincent peut travailler en équipe .   

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Un dimanche avant la messe, on lui demande d’inviter les bonnes volontés à secourir une famille malade et pauvre. Les dames répondent au-delà des espérances. Il n’y avait plus qu’à leur proposer d’organiser leur action pour qu’elle soit durable. Après un règlement provisoire, trois mois de réflexion ensemble aboutirent à une véritable règle de vie spirituelle autant que caritative, l’union à Dieu animant l’amour du prochain, pour un service spirituel et corporel, «avec charité, humilité et simplicité».

Ces «dames de la Charité», nourries de la lecture spirituelle, savaient évangéliser les malades et accompagner les mourants autant que soigner leurs corps douloureux, tout en gérant rigoureusement les fonds. Leur association existe encore, avec un nouveau nom en France : «Équipes Saint Vincent». Elles sont unies en Association Internationale de la Charité.

Les Gondi parviennent à faire revenir M. Vincent pour Noël 1617. À Châtillon, le vicaire prend le relais de la Charité et sera nommé curé . Mme de Gondi libère Vincent du préceptorat : avec des prêtres bénévoles, il missionne dans les villages de la famille, en Île-de-France, Champagne et Picardie, instituant partout des Confréries de Charité dont Mme de Gondi est la cheville ouvrière.

Il rencontre d’autres personnes, dont la veuve Louise de Marillac, qui peu à peu s’engage avec les Charités.

En 1622, François de Sales le fait nommer supérieur de la Visitation de Paris, succédant à Charles de la Saussaye, nommé par saint François en 1619, lors de la fondation de ce monastère, et qui vient de mourir en décembre 1621. Vincent en restera supérieur jusqu’à sa mort, fondant trois autres monastères de Visitandines, assurant des entretiens spirituels et s’ingéniant à leur trouver des fonds, comme pour d’autres communautés.

Quant aux Missions, ses collaborateurs se lassent, tous n’ont pas les mêmes options, ni peut-être la même endurance. Frappé par Matthieu 25, 40, «ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à Moi que vous l’avez fait», Vincent croit que Jésus est réellement dans tout pauvre : on l’honore donc autant dans les pauvres qu’en des exercices de dévotion…. (qu’il ne méprise pas, mais ne multiplie pas).

Trois compagnons ont l’air décidé. Madame de Gondi le persuade de s’associer avec eux «pour le salut des pauvres âmes, pour honorer le mystère de l’Incarnation, la vie et la mort de Jésus-Christ, pour l’amour de sa très sainte Mère». Les fonds sont versés le 17 avril 1625, et le 23 juin, Madame de Gondi mourait, épuisée au service des pauvres. Les trois premiers confrères s’associent avec Vincent le 4 sept. 1626. Cette Congrégation de la Mission veut évangéliser les pauvres à la suite de Jésus, qui a déclaré sa mission en Luc 4, 18. Elle va rapidement s’accroître et rayonner au-delà des terres des Gondi.

Vincent et ses missionnaires enseignent surtout le Dieu Trinité, la création, la fin de l’homme, qui est le ciel, mais qu’on peut manquer, l’Incarnation et la vie de Jésus, les sacrements; le péché et le jugement n’apparaissent qu’à la fin… S’il lui arrivait d’écrire, dans un brouillon de sermon «retirer les âmes du péché et les attirer au bien», il corrigeait aussitôt : «attirer les âmes au ciel» ; cela restera son accent typique, même s’il sait bien que nous sommes tous pécheurs. À un frère mourant, peut-être écrasé par ses péchés, il déclare : «Le trône de sa miséricorde [de Dieu] est la grandeur des fautes à pardonner»; nous sommes loin d’un Dieu terrifiant… On prêche la morale tôt le matin, appelant cela "le sermon", la doctrine le soir, .ce qui se nomme "le grand catéchisme".

 Divers évêques, puis Adrien Bourdoise et Bérulle, avaient ouvert des séminaires pour mieux former les prêtres, sans succès évident. Vincent, qui voit la nécessité de bons curés pour conserver le fruit des missions, comprend que beaucoup de candidats répugnent à s’enfermer un temps prolongé pour étudier : en 1628, sur la suggestion de l’évêque de Beauvais, il lance simplement des retraites de 15 jours préparant aux étapes des ordinations par des entretiens sur la doctrine, la morale et la pastorale, en particulier l’administration des sacrements, avec des exercices pratiques.

Cela se [1161] révèle si fructueux que ces Exercices des Ordinands sont demandés un peu partout.

En si peu de temps, on ne pouvait que rafraîchir les rudiments de la foi, inculquer le sens de l’adoration, inviter à se laisser imprégner par les actes, les vertus et sentiments de Jésus, avec l’amour de l’Eucharistie et le souci d’une vie digne et apostolique : «la religion vers le Père et la charité vers les hommes» .

Plusieurs participants demandent de continuer à se former selon la même méthode active, et à partir de 1633 ont lieu les Conférences des Mardis, où l’on partage ce que chacun a travaillé sur le sujet adopté la fois précédente. Il leur demande de lire chaque jour l’Évangile, en adorant les vérités, en entrant dans les sentiments de ces vérités, et en se proposant de les pratiquer. L’un d’eux, Olier, trouvera la formule : «Jésus dans l’esprit, dans le cœur et sur les mains». Leur esprit est : «honorer la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, son sacerdoce éternel, sa sainte famille et son amour envers les pauvres» . À leur tour ces jeunes prêtres prêchaient des missions, tel Bossuet, qui débuta son œuvre d’orateur à la mission de Metz.

Dans l’intervalle, l’ancienne léproserie de Saint-Lazare, au nord de Paris, seigneurie avec haute, moyenne et basse justice, avait été affectée, non sans obstacles, aux missionnaires, d’où le nom populaire de lazaristes. Voilà Monsieur Vincent seigneur féodal, ayant à percevoir des cens, à gérer la Foire Saint-Laurent et à rendre la justice de son ressort avec un personnel laïc, bailli (juge) et sergent : qui l’aurait imaginé ? Or il s’en tire fort bien, pour les pauvres.

Les Charités avaient pullulé. À Paris, les Dames ne pouvant pas suffire à la tâche, se faisaient aider par leurs servantes, dont ce n’était pas forcément la vocation… A partir de 1630, en même temps que Vincent soutenait Mme de Villeneuve dans la fondation des Filles de la Providence, pour les filles en danger, de bonnes villageoises se proposent pour servir les pauvres sous la direction des Dames; la plus connue est Marguerite Naseau, morte de la contagion d’une pestiférée au printemps de 1633.. Louise de Marillac accepte de s’en occuper, et finalement les regroupe, le 29 nov. 1633, fondant ainsi avec Vincent les Filles de la Charité. Elles auront le même esprit que les Dames : «honorer Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa sainte Mère par le service spirituel et corporel des pauvres malades» , en les instruisant des choses nécessaires au salut, avec charité, humilité, simplicité.

À peine ces filles se sont-elles rodées dans les paroisses de Paris qu’on les appelle un peu partout.

Dès 1632, les troupes de Louis XIII et Richelieu avec l’appui des Suédois, protestants, avaient envahi la Lorraine, dont le duc avait accueilli Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII et adversaire de Richelieu, et lui avait accordé sa sœur en mariage. Bientôt les réfugiés affluent à Paris, il faut les secourir, en lien avec le baron de Renty et la Compagnie du Saint-Sacrement, qui envoie aussi des secours autour de Nancy. Plus tard, il enverra ces filles aux armées, soigner les blessés, en Champagne et en Picardie.

En 1634, il soutient la sœur augustine Geneviève Bouquet dans la réforme de ses Sœurs de l’Hôtel-Dieu de Paris et Mme Goussault dans la fondation des Dames de la Charité de cet Hôtel-Dieu. Leurs dons s’étendront à la Lorraine puis à des provinces entières, joints à d’autres dons, et toujours en lien avec la Compagnie du Saint-Sacrement, les comptes étant tenus par Charles Maignart de Bernières, dont une fille est religieuse à Port-Royal.

En 1635 il envoie des missionnaires à Toul, et de 1639 aux années 1645, chaque mois des convois portent des secours aux Lorrains et accompagnent les colonnes de réfugiés vers les villes et vers Paris.

À Paris, c’est la détresse des Enfants-Trouvés, dont ses filles deviennent les mères, à partir de 1638, soutenues par la générosité des Dames.

À partir de 1641, il ouvre des grands séminaires, à Annecy, Cahors, etc…

Les maisons de missions rurales sont devenues nombreuses, les maisons des Sœurs ; aussi…

Il faut faire vivre ce monde… Il a des exploitations agricoles, le roi lui affecte des fermes fiscales, sur des domaines royaux, des péages, etc.

Il investit [1162] aussi dans plusieurs sociétés de coches, des parts étant attribuées à telle et telle communauté - et peut-être des réductions accordées aux Missionnaires, aux Sœurs et aux Dames dans leurs déplacements.

Tout cela, il le fait entrer dans la vie spirituelle : le gestionnaire est l’image, l’actualisation, de la Providence, et comme les personnes divines veillent sur le monde tout en s’entretenant entre elles, les serviteurs des pauvres doivent conjuguer la contemplation, le dialogue intérieur avec Dieu et la manifestation de sa charité et de sa providence envers les pauvres.

M. Vincent est devenu un personnage connu. Il est intervenu auprès de Richelieu pour la paix, en vain. Après la mort de Louis XIII, il sera appelé par Anne d’Autriche au Conseil de Conscience, sorte de ministère des affaires ecclésiastiques pour les nominations aux évêchés, abbayes, postes de professeurs de théologie en Sorbonne, etc. Il aura plus d’une fois à résister à Mazarin, pas toujours avec succès. Il est apprécié, conseillé ou aidé financièrement par bien des grands personnages.

Apparaît alors le péril janséniste, que Vincent avait déjà senti chez son ami Saint-Cyran, et le voilà lancé dans la lutte, avec d’autres théologiens et des Évêques, jusqu’à la condamnation par le Pape des Cinq Propositions tirées par son ami Nicolas Cornet de quelques thèses d’étudiants en Sorbonne, et qui semblaient bien se trouver aussi dans l’Augustinus, de Cornélius Jansen, théologien de Louvain.

Mais, tout en combattant cette doctrine, selon laquelle Jésus-Christ n’est pas mort pour tous les hommes, mais pour les prédestinés, il s’est toujours refusé à attaquer les personnes. Ainsi, lorsqu’il eut à subir un interrogatoire, les 31 mars, 1r et 2 avril 1639, lors de l’internement de Saint-Cyran, il répondit toujours de manière évasive . De même, c’est par les Filles de la Charité, par lui et par les Dames de la Charité que passaient les dons de Marie de Gonzague, devenue reine de Pologne, à la Mère Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal des Champs, qui secourait tous les pauvres des villages environnants . De même encore, il ne se brouilla jamais avec son collègue dans les secours à la Champagne, à la Picardie et à l’Île-de-France, Maignart de Bernières; de même avec des ecclésiastiques et des évêques favorables au jansénisme - tout en les invitant à se soumettre au jugement de Rome (auquel, d’ailleurs, Jansénius a écrit à deux endroits de son livre qu’il s’y soumettrait, mais il est mort avant la parution du livre et le jugement de Rome, et ses disciples ne l’ont pas suivi sur ce point…) .

Dans les mêmes années, il fonde des missions rurales en Corse, en Italie, en Écosse, en Irlande, en Pologne, et réalise enfin son grand rêve de mission au loin, en deux étapes : le monde de l’Islam, pour y soutenir les esclaves chrétiens captifs, à Tunis et Alger, en 1645. Et sa fierté, Madagascar, en 1648, où il connaît, hélas la mort de plusieurs missionnaires, soit durant le voyage, soit sur place, en même temps que la peste décime ceux de Gênes et la persécution de Cromwell ceux d’Écosse et d’Irlande. Sa foi est à rude épreuve, et il se réfère aux débuts de l’Église, que Dieu a construite à travers la destruction apparente des martyrs…

En 1649, c’est la Fronde et ses malheurs, de la Champagne aux portes de Paris et jusqu’en Aquitaine. Vincent va à Saint-Germain suggérer à Mazarin de démissionner, en vain ! après une éclipse prudente, véritable western à cheval, en plein hiver, avec son secrétaire, Frère Ducournau, il aidera aux négociations pour la réconciliation… mais ne sera plus appelé au Conseil de Conscience.

Tout en participant encore à quelques missions, malgré ses plaies aux jambes, Vincent continue la formation de ses disciples. Malgré le saccage des bibliothèques et des Archives de Saint-Lazare par les émeutiers du 13 juillet 1789, il nous reste deux tomes de 400 p. d’entretiens aux missionnaires et deux de 700 p. aux Sœurs, outre 8 tomes de lettres.

Il n’avait jamais écrit de livres, mais il voulait laisser un condensé de sa manière de vivre à la suite du Christ adorateur du Père et évangélisateur des pauvres. Après un travail de dix ans, avec ses confrères, il leur distribua enfin le livret des Règles Communes en 1658. C’est une synthèse bien charpentée, autour de quatre axes : la Trinité, source d’où tout est sorti et où tout retourne, l’Incarnation, Jésus étant le centre et «le prototype de tous les états et les conditions humaines» , l’Eucharistie et la Vierge Marie. La pratique repose sur quatre vertus fondamentales : recherche de la gloire de Dieu - et de la volonté de Dieu, — abandon à la Providence — charité de Jésus-Christ qui nous presse, et sur cinq vertus permettant le contact missionnaire : humilité, simplicité, douceur, oubli de soi (qu’il appelle mortification) et zèle : «Si l’amour est un feu, le zèle en est la flamme» . Le tout se ravive dans l’oraison.

C’est son étude et son expérience, avec celles des confrères et des sœurs, qui passent dans ce court texte (que certains détails trop datés ont fait négliger de nos jours) et dans ses commentaires…

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Ses entretiens sont denses, d’une doctrine profonde, habillés d’un style vivant et parfois étincelant. On y devine une expérience mystique que sa pudeur lui a toujours fait cacher. Quand il dit aux Sœurs : «Savez-vous, mes filles, si Dieu ne vous veut point faire des saintes Thérèse ?», après avoir exposé la contemplation infuse et le pur amour, il semble bien qu’il parle d’expérience… mais ici, nous entrons dans son secret…

Reclus durant les derniers mois par les plaies de ses jambes, il continue de gérer ses familles, grâce à ses fidèles frères secrétaires… Un confrère note soigneusement le journal de ses dernières semaines.

À partir du 18 septembre 1660, il eut de longs moments d’assoupissement; on le porta encore à la messe le dimanche 26 septembre, et après quelques alertes dans la nuit, le 27, vers 4 h et demie du matin, «il mourut dans sa chaise, tout habillé, proche le feu» .

Suivant les coutumes du temps, le foie, les entrailles et le cœur furent extraits et conservés à part, et le corps enseveli dans un caveau sous le chœur, le lendemain 28.

L’oraison funèbre fut prononcée par Henri de Maupas du Tour le 23 novembre à Saint-Germain-l’Auxerrois.

Depuis quelques années ses confrères avaient fait procéder à l’audition des survivants en diverses régions, et cela continua, préparant le dossier du procès de béatification, qui ne fut ouvert qu’en 1705. La béatification eut lieu le 21 août 1729. Le 25 septembre on ouvrit le cercueil, et la distribution des reliques commença, la coutume voulant qu’il en revienne au pape et aux diverses autorités… Ensuite, deux miracles sur 6 ayant été retenus, la canonisation fut célébrée le 16 juin 1737, avec celles de François Régis, Julienne Falconieri et Catherine de Gênes (Catherine Fieschi).

À la Révolution, la Maison-Mère (Saint-Lazare), qui nourrissait 800 pauvres par jour, fut saccagée le 13 juillet 1789, puis les ossements cachés, enfin la Congrégation fut supprimée en France en 1792. Saint-Lazare étant devenu prison de femmes, Louis XVIII, en 1817, affecta aux Lazaristes l’Hôtel de Lorges, 95 rue de Sèvres, où les restes de saint Vincent reposent dans une châsse commandée par l’archevêque de Paris en 1830, grâce à une souscription nationale.

Outre les Dames de la Charité, devenues Équipes Saint Vincent, les Filles de la Charité, les Sœurs de l’Union Chrétienne, les Missionnaires lazaristes, fondés par lui, d’autres institutions se réclament de son esprit : Société de Saint Vincent de Paul, Religieux de S. Vincent de Paul, et plusieurs Congrégations féminines ; il y eut même à Paris au XIX° s. une Loge maçonnique Saint Vincent de Paul, patron des philanthropes, et en 1885, après de nombreuses postulations, Léon XIII le déclarait patron des œuvres de charité.

  

San Vicente de Paúl

Textes : Saint Vincent de Paul, Correspondance, Entretiens, Documents, 14 vol., Gabalda, 1920 -1925, et t. XV, Lettres nouvelles, coll. «Mission et charité», n’19/20, 1970. - Frère L. Robineau, Carnets, édités par A. Dodin, M. Vincent raconté par son secrétaire, éditions O.E.I.L., 1991. Saint Vincent de Paul, Correspondance, Entretiens, Documents, 14 vol., Gabalda, 1920 -1925, et t. XV, Lettres nouvelles, coll. «Mission et charité», n’19/20, 1970. - Frère L. Robineau, Carnets, édités par A. Dodin, M. Vincent raconté par son secrétaire, éditions O.E.I.L., 1991.

Vies : - L. Abelly, La Vie du Vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, 3 livres en 1 vol. (nombreux textes cités assez longuement, mais sans date et en retouchant le style), Paris 1664. - Pierre Collet, La Vie de saint Vincent de Paul, 2 vol. (quelques ajouts à Abelly, textes plus ou moins retouchés aussi, mais davantage de dates), Nancy 1748. - P. Coste, Monsieur Vincent, le grand saint du Grand Siècle, 3 vol. (malgré quelques déficiences, somme irremplaçable), Desclée, 1931. - A. Dodin, Saint Vincent de Paul et la Charité, collection «Maîtres spirituels», éditions du Seuil (très bonne initiation). - Arthur Loth, Saint Vincent de Paul et sa mission sociale, Dumoulin, 1880 (sérieux bien que pas à jour, iconographie remarquable). - Bernard Pujo, Vincent de Paul, le précurseur, Albin Michel, 1998 (grand public, mais rigoureux et à jour, nombreuses notes). - J.-F. Six et H. Nils Loose, Saint Vincent de Paul, Centurion, 1980 (album illustré). - L. Abelly, La Vie du Vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, 3 livres en 1 vol. (nombreux textes cités assez longuement, mais sans date et en retouchant le style), Paris 1664. - Pierre Collet, La Vie de saint Vincent de Paul, 2 vol. (quelques ajouts à Abelly, textes plus ou moins retouchés aussi, mais davantage de dates), Nancy 1748. - P. Coste, Monsieur Vincent, le grand saint du Grand Siècle, 3 vol. (malgré quelques déficiences, somme irremplaçable), Desclée, 1931. - A. Dodin, Saint Vincent de Paul et la Charité, collection «Maîtres spirituels», éditions du Seuil (très bonne initiation). - Arthur Loth, Saint Vincent de Paul et sa mission sociale, Dumoulin, 1880 (sérieux bien que pas à jour, iconographie remarquable). - Bernard Pujo, Vincent de Paul, le précurseur, Albin Michel, 1998 (grand public, mais rigoureux et à jour, nombreuses notes). - J.-F. Six et H. Nils Loose, Saint Vincent de Paul, Centurion, 1980 (album illustré). Vies : - L. Abelly, La Vie du Vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, 3 livres en 1 vol. (nombreux textes cités assez longuement, mais sans date et en retouchant le style), Paris 1664. - Pierre Collet, La Vie de saint Vincent de Paul, 2 vol. (quelques ajouts à Abelly, textes plus ou moins retouchés aussi, mais davantage de dates), Nancy 1748. - P. Coste, Monsieur Vincent, le grand saint du Grand Siècle, 3 vol. (malgré quelques déficiences, somme irremplaçable), Desclée, 1931. - A. Dodin, Saint Vincent de Paul et la Charité, collection «Maîtres spirituels», éditions du Seuil (très bonne initiation). - Arthur Loth, Saint Vincent de Paul et sa mission sociale, Dumoulin, 1880 (sérieux bien que pas à jour, iconographie remarquable). - Bernard Pujo, Vincent de Paul, le précurseur, Albin Michel, 1998 (grand public, mais rigoureux et à jour, nombreuses notes). - J.-F. Six et H. Nils Loose, Saint Vincent de Paul, Centurion, 1980 (album illustré).

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Études : - A. Dodin, Monsieur Vincent parle à ceux qui souffrent, D.D.B., 1981; François de Sales, Vincent de Paul, les deux amis, éd. O.E.I.L. 1984. - R. Maloney, Un Chemin vers les pauvres, spiritualité de saint Vincent de Paul, D.D.B. 1994. - A. Bugelli, Vincent de Paul, une pastorale du pardon et de la réconciliation, la confession générale, Cerf, 1997. - René Wulfman, Charité publique et finances privées. M. Vincent, gestionnaire et saint, Atelier Reproduction Thèse, Lille III, 1997. Études : - A. Dodin, Monsieur Vincent parle à ceux qui souffrent, D.D.B., 1981; François de Sales, Vincent de Paul, les deux amis, éd. O.E.I.L. 1984. - R. Maloney, Un Chemin vers les pauvres, spiritualité de saint Vincent de Paul, D.D.B. 1994. - A. Bugelli, Vincent de Paul, une pastorale du pardon et de la réconciliation, la confession générale, Cerf, 1997. - René Wulfman, Charité publique et finances privées. M. Vincent, gestionnaire et saint, Atelier Reproduction Thèse, Lille III, 1997.

Périodiques : - «Au temps de saint Vincent de Paul et aujourd’hui». Fiches, 8 p. de textes, autant d’actualisation, 3 par an, "Animation Vincentienne", 16 Grande-Rue Saint-Michel, 31400 Toulouse; deux numéros spéciaux : n’25, 1971; et n’50 : Monsieur Vincent, témoin de l’Évangile, 1990. - "Signe", collectif, Comme un grand feu, Strasbourg 1995. - Vincentiana, Revue Internationale de la Congrégation de la Mission, Curia Generalizia, Via del Capasso, 30, 00164 Rome. - «Au temps de saint Vincent de Paul et aujourd’hui». Fiches, 8 p. de textes, autant d’actualisation, 3 par an, "Animation Vincentienne", 16 Grande-Rue Saint-Michel, 31400 Toulouse; deux numéros spéciaux : n’25, 1971; et n’50 : Monsieur Vincent, témoin de l’Évangile, 1990. - "Signe", collectif, Comme un grand feu, Strasbourg 1995. - Vincentiana, Revue Internationale de la Congrégation de la Mission, Curia Generalizia, Via del Capasso, 30, 00164 Rome.

      Biographies: Bibliographie

Il existe plusieurs biographies de Vincent, des courtes et des plus volumineuses, disponibles en plusieurs langues, dont plusieurs ont été traduites à partir des principales langues européennes. Il est intéressant de lire ou relire ces ouvrages de temps à autre, en tout ou en partie. Très souvent, un élément nous frappe ou nous apparaît sous une lumière nouvelle. 

Les confrères des divers groupes savent quels ouvrages sont les meilleurs dans leur langue respective. "The World of Monsieur Vincent" par Mary Purcell, une laïque irlandaise, a été publié en 1963 et ré-édité en 1989. Plusieurs personnes pensent que c’est le meilleur livre de langue anglaise. Il a été traduit en Indonésien. La biographie par Jean Calvet, publiée en français en a été traduite vers l’anglais en 1952. Une courte biographie par Luigi Mezzadri a été publiée en 1989 et traduite vers le français, l’anglais et l’espagnol. 

Les trois principales biographies sont celles écrites par Louis Abelly, Pierre Coste et Jose Maria Roman. 

Abelly

Le livre de Abelly a été publié en 1664, quatre ans après la mort de Vincent. Il a plusieurs défauts. Dans ses citations des lettres ou conférences de Vincent, il change souvent les paragraphes, les phrases ou les mots, car il considérait que le style de Vincent manquait de qualité littéraire. Il avait aussi des idées préconçues sur ce que devait être un saint prêtre, et il a essayé de mouler Vincent selon cette image. 

Il donne l’impression que Vincent était un saint dès son jeune âge, et il omet tout ce qui peut nuire à l’idée préconçue qu’il de faisait de lui. D’autre part, le livre d’Abelly nous offre deux aspects très positifs. Premièrement, il parlait d’un homme qu’il avait personnellement connu. En conséquence, nous entrevoyons le vrai Vincent. Deuxièmement, Abelly a été en mesure de puiser dans les souvenirs et impressions d’autres personnes qui avaient aussi connu Vincent, particulièrement le confrère Bertrand Ducournau, l’un des secrétaires de Vincent. 

En 1985, André Dodin, CM, a publié un livre sur la biographie écrire par Abelly : "La Légende et l'Histoire : De Monsieur Depaul à Saint Vincent de Paul". Dans l’édition Automne 1993 de Colloque, le journal de la province irlandaise, on trouvera un article sur le livre de Dodin par Andrew Spelman, CM. 

Coste

La biographie de Coste en trois volumes a été publiée en 1932. Elle contient un récit très détaillé des activités de Vincent, mais malgré cela, elle ne décrit pas clairement quelle sorte d’homme il était. À mon avis, les confrères devraient lire la biographie de Coste une fois, et en relire des passages à l’occasion, pour y repérer des faits précis. Il a été dit de la biographie de Coste que c’était l’œuvre d’un archiviste plutôt que d’un historien ou un biographe. 

Elle a été traduite en espagnol et en italien, et un ou deux des volumes a été traduit en allemand. 

Roman

La biographie de Roman, la plus importante du genre depuis Coste, a été publiée en 1981. Elle est plus concise que celles de Abelly ou Coste, mais elle profite des progrès accomplis dans les études vincentiennes pendant le demi-siècle qui a suivi Coste. 

Elle a été traduite en italien et en polonais, et une traduction anglaise est prévue pour la fin de l’année. 

J’ai déjà mentionné qu’il est important de lire et relire les biographies de Vincent ; mais il est encore plus important  de lire et relire ce qu’il a lui-même écrit. 

Ce que Vincent a écrit

Ce que Vincent a écrit, les écrits qu’il nous reste a été publié par Coste en douze volumes, huit contenant des lettres et quatre contenant des conférences. Vincent n’a jamais eu l’intention de publier ces écrits. Le seul ouvrage qu’il a écrit dans le but de le publier est celui des Règles communes de la Congrégation de la Mission. 

J’aimerais préciser certaines choses au sujet des ces écrits sous quatre grands titres : Les Règles communes, les lettres, les conférences à la communauté de Saint-Lazare, et les conférences aux Filles de la Charité. 

Les Règles Communes

Les Règles communes Vincent a écrit les Règles communes en latin. Je crois qu’elles ont été traduites dans à peu près toutes, sinon toutes, les langues d’origine des provinces de la Congrégation. Une bonne traduction est essentielle pour captiver l’intérêt des confrères et les amener à bien connaître les Règles communes. Dans la province irlandaise, nous avions accès à une traduction des Règles Communes qui était de mauvaise qualité et plutôt désuète, ce qui en décourageait la lecture. 

Les Règles Communes ont un grand défaut : Vincent a combiné en un seul livre deux éléments différents, soit les directives sur la spiritualité et les directives sur l’administration. Dans les directives sur l’administration, on retrouve des éléments issus du XVIIe siècle que l’on est porté à ignorer, vu qu’ils ne nous concernent pas. Une large partie du matériel écrit au sujet de l’administration des maisons communautaires appartient à cette catégorie. 

D’autre part, la plupart du matériel des Règles Communes traitant de la spiritualité est encore très actuel pour nous, car il traite de la relations de base d’un individu avec son Dieu : la prière, la lecture des écritures, diverses lectures, les relations avec les autres, les vertus et la discipline personnelle. 

Compte tenu que Vincent a écrit les Règles Communes pour nous en tant que communauté nous devons les lire régulièrement. Dans les dernier chapitre, il nous est recommandé de les lire au complet tous les trois mois. Il est probablement préférable d’en lire une partie chaque semaine, à jour fixe, car une lecture régulière nous permettra de mieux les connaître et de distinguer ce qui est encore actuel pour nous de ce qui est désuet. Tel que je l,ai mentionné plus haut, cette distinction se situe en premier lieu sur le plan des directives spirituelles et administratives.

Les Lettres de Saint-Vincent

Tout comme les Règles Communes, les lettres sont les propres paroles de Vincent, qu’il les ait écrites personnellement, ou qu’il les ait dictées à l’un de ses secrétaires. Cependant, les Règles Communes ont été écrites pour être lues par toute une congrégation, alors que les lettres s’adressaient à des individus. De plus, les Règles Communes ont été écrites en latin dans un style plutôt formel, alors que les lettres ont été écrites dans un français de tous les jours. C’est à travers les lettres que nous pouvons aujourd’hui nous sentir le plus proche du vrai Vincent. C’est pourquoi je vous enjoins tous à lire les lettres dans leur version originale française. 

Plus de 3 000 des lettres de Vincent ont survécu jusqu’à nos jours. Il a été dit qu’il en a écrit près de 30 000, ce qui est probablement une exagération. 

Je vais vous donner un conseil précieux que tous ceux qui peuvent lire la langue française sauront apprécier : vous êtes encore jeunes, ayant été ordonnées depuis moins de douze ans. Je vous conseille de prendre la résolution de lire toutes les lettres, en ordre chronologique, c’est à dire en commençant par le Volume I, et en lisant systématiquement tous les volumes. La seule façon d’y arriver est de décider de lire un certain nombre de pages chaque jour. Prenez aussi des notes. Je vous assure que cela vaudra la peine. J’étais déjà prêtre depuis plus de vingt ans lorsque je me suis mis à la tâche, et c’est pourquoi je vous conseille de commencer tout de suite si vous voulez en retirer le plus de bénéfices possible.

Ceux qui ne connaissent pas le français et qui n’opnt pas accès à une bonne traduction des lettres devront tenter de lire toutes les sélections qu’ils pourront trouver dans leur propre langue. Je vous conseille de lire tout ce que vous pourrez trouver et de prendre des notes. 

Les lettres de Vincent, comme je l’ai déjà mentionnée, s’adressent à des individus et traitent de sujets particuliers qui les concernent personnellement. Cela signifie que nous ne pouvons pas toujours nous y identifier, ou les identifier à des personnes que nous connaissons.  Elles demeurent intéressantes pour nous, car elles nous montrent comment Vincent se comportait face aux gens et aux diverses situations. Il serait donc souhaitable que nous connaissions un peu les personnes à qui s’adressent les lettres, les maisons que ces gens habitaient, et la situation en question. La date de la lettre nous montre à quelle époque de la vie de Vincent elle a été écrite, et il est intéressant de constater que ses idées varient selon l’époque à laquelle il écrit. 

Finalement, la plupart de ses lettres ne traitent pas de spiritualité. Lorsque c’est le cas cependant, nous devons nous rappeler que la lettre a été écrite dans le cadre d’une situation particulière touchant une personne en particulier, et c’est pourquoi nous ne pouvons pas toujours appliquer les solutions de façon générale.

Les Conférences à la Communauté de Saint-Lazare

Dans les volumes XI et XII de la série de Coste, on retrouve 224 éléments; la plupart se nomment conférences ou extraits de conférences, mais quelques uns sont nommés répétitions de prière. André Dodin, CM, a publié en 1960 une édition révisée en un volume, contenant quelques ajouts.

Au contraire des Règles Communes et des lettres, ces éléments, tels que nous les connaissons aujourd’hui, n’ont pas été écrits par Vincent. Ils ont été reconstitués, plus ou moins fidèlement, à partir de notes prises par des gens qui assistaient aux conférences de Vincent. 

Dans son introduction au volume XI, Pierre Coste explique la survie de ce matériel. Sans vouloir entrer dans des détails superflus, mentionnons que Coste démontre que 31 des conférences sont des reconstitutions plus fidèles que les autres. Elles datent des dernières années de la vie de Vincent, et elles ont été notées de façon systématique par Confrère Bertrand Ducournau, l’un des secrétaires de Vincent. Il était doublement qualifié pour bien s’acquitter de cette tâche : il était secrétaire professionnel bien avant de se joindre à la Congrégation et il venait de la même région de France que Vincent, d’où son habileté à comprendre le style et le vocabulaire de ce dernier. J’ai préparé une page où je donne les dates de ces conférences et leur classification dans chacune des éditions de Coste et de Dodin. Je vous suggère de lire ces trente-et-une conférences avant toute autre, et de les relire plus souvent que les autres. Comme je l’ai dit, ce sont les conférences qui relatent le plus fidèlement ce que Vincent avait à dire. 

Si vous ne lisez pas le français, essayez de trouver les sélections traduites contenant les conférences indiquées plus bas.

Les Conférences aux Filles de la Charité

Quand il donnait des conférences aux Filles, ils donnait souvent ses notes préparatoires à Louise, et elle lui montrait sa reconstruction de la conférence pour la lui faire réviser. Il n’eut jamais l’occasion de faire cela pour ses conférences aux confrères. Lorsque nous lisons les conférences données aux Filles, nous devons toujours nous rappeler que ces conférences s’adressaient à une audience bien particulière, peu éduquée et, dans certains cas, illettrée. Vincent a adapté ses concepts de la spiritualité pour cette audience, et nous ne pouvons donc utiliser ces conférences pour en tirer des directives générales. Par exemple, voulant les encourager à bien prier dans l’une de ses conférences, il dit : 

“Je suis persuadé que l’éducation du théologien ne lui sert en rien lorsqu’il s’agit de la prière” (IX,200). 

Ceci, bien sûr, est absolument faux ; il le dit seulement pour les encourager et les valoriser. Il n’a jamais rien dit de semblable dans ses conférences aux confrères et nous pouvons avec certitude affirmer qu’il ne pensait pas vraiment ce qu’il disait.

Lecture de livres et articles au sujet de Vincent

De même qu’il existe des biographies sur Vincent, il existe aussi des livres qui traitent de certains aspects de sa vie ou de son œuvre. La plupart de ces livres sont en français, mais plusieurs sont aussi en espagnol, en italien et même en anglais. Quelques uns sont des traductions. Chacun de vous devrez, une fois de plus, chercher ce qui est disponible dans votre propre langue, ou dans toute langue qui vous est familière.

En plus des livres sur Vincent, on peut trouver des articles sur lui dans différents journaux ou revues. Il est quelquefois plus profitable de lire un article qu’un livre complet.

Vincentiana est la revue de toute la Congrégation. Elle paraît six fois par année et contient des articles dans diverses langues. Elle publie aussi les conférences données au cours des mois vincentiens. 

Je crois que chaque province publie à son tour ses propres articles originaux ou traductions d’autres langues. Les Français ont le Bulletin des Lazaristes de France et les Cahiers Vincentiens, les Italiens ont les Annali et les Espagnols, les Anales. La province irlandaise a Colloque et les provinces des États-Unis ont le Vincentian Heritage. Les provinces latino-américaines on le bulletin CLAPVI, et un groupe de quelques provinces de l’Europe du nord et du centre ont le bulletin MEGVIS.

Quelques revues ont aussi cessé de publier, telles que Les Annales de la CM et Mission et Charité. Ces deux dernières contiennent des articles d’importance qui valent la peine d’être lus. 

J’ai mentionné déjà que Vincentiana imprime le texte des conférences données au cours des mois vincentiens. CEME, en Espagne, a publié sous forme de livre (toutes ?) les conférences des semaines de Salamanca, et les Annali italiennes ont imprimé les conférences données lors de rencontres similaires en Italie. 

Je ne veux pas recommander précisément tel ou tel livre ou article, lesquels plusieurs d’entre vous ne pourraient peut-être pas dénicher, ni lire. Je vous suggère plutôt de profiter au maximum de ce sur quoi vous pouvez mettre la main. 

Si vous voyez un article sur Vincent, dans une revue ou un magazine, dans une langue que vous pouvez lire, jetez-y un coup d’œil pour voir si cet article vous intéresse personnellement. Rappelez-vous que tous les articles sur Vincent n’intéressent pas nécessairement tous les confrères. Si vous y voyez un intérêt quelconque, lisez-le attentivement et prenez quelques notes rapides. Puis, si vous croyez que cela en vaut la peine, relisez-le en entier et prenez encore des notes. Inscrivez aussi l’année et le numéro de la publication pour retrouver facilement l’article plus tard. 

Ceci est important. Certains articles sont de toute évidence meilleurs que d’autres. Certains articles attirent aussi beaucoup plus l’attention que d’autres. Ceux-ci devraient être lus et relus, et il est important de pouvoir les retrouver lorsque nécessaire. Il est frustrant de savoir qu’on a lu quelque chose quelque part sans pouvoir se souvenir exactement à que ; endroit lorsqu’on a envie de le relire. 

Conclusion 

Le but de la présente conférence est d’aider le confrère ordinaire non-spécialisé à approfondir sa connaissance et sa compréhension de Vincent. Les confrères ont besoin de lire, de façon régulière, les Règles Communes, certaines de ses lettres, conférences, biographies et autres livres à son sujet, en tout ou en partie, et finalement des articles qui seront de manière générale habituellement plus utiles que des livres complets. 

Si vous connaissez déjà un peu le français, essayez de l’apprendre un peu plus pour pouvoir lire des lettres et des conférences dans cette langue; ces écrits perdent beaucoup de leur atmosphère lorsqu’ils sont traduits. Si vous ne connaissez pas le français, mais que vous avez l’occasion de l’apprendre, saisissez cette occasion, car sur le nombre des écrits au sujet de Vincent et des congrégations, peu ont été traduits.

Que vous lisiez en français ou en d’autres langues, prenez toujours des notes en lisant. Il y aura toujours des lettres, des conférences, des livres et des articles qui vous attireront plus que d’autres; retournez-y souvent pour les relire. 

Si votre province publie un bulletin, prenez la peine d’écrire quelque chose sur Vincent, basé sur vos lectures. Je pense qu’à peu près n’importe quel confrère est en mesure d’écrire. Plusieurs confrères croient qu’on doit laisser l’écriture aux experts et aux spécialistes, mais je ne suis pas d’accord avec eux. De plus, si vous pouvez lire une deuxième langue, je vous suggère de traduire quelque chose de ce langage vers le vôtre, pour le profit des autres confrères de votre province. 

Cul-de-lampe

Certains d’entre vous, ou peut-être vous tous, avez peut-être constaté que je ne réfère jamais à Saint-Vincent, sauf dans les citations des Constitutions et de la lettre de Fr. Richardson. Le titre “ saint ” s’applique au statut actuel de Vincent et c’est une erreur de l’utiliser en conjonction avec des événements de sa vie. Par exemple, il est erroné de dire : “ Saint-Vincent a prêché à Folleville le 25 janvier 1617 ”. Il n’était pas un saint à l’époque, et s’il était décédé le jour suivant, il n’aurait jamais été canonisé. Nous devons apprendre à connaître l’homme tel qu’il était à divers moments de sa vie. Nous devons apprendre à le connaître en tant qu’homme et en tant que prêtre à l’œuvre à Clichy, à Chatillon et chez les Gondi. Nous devons chercher à le connaître comme confrère, et comme supérieur général d’une congrégation en pleine expansion, et c’est à travers ses lettres que nous pouvons le mieux arriver à cela.  Mais nous devons à tout prix éviter de penser à lui en termes de “ saint ” à tout moment et dans toutes les situations de sa vie.

Voici les 31 “ plus authentiques ” conférences de Vincent auxquelles j’ai fait référence dans la présente. Les nombres déterminent des numéros, et non des pages, des éditions de Coste et de Dodin. Les dates sont données au profit de ceux qui n’ont accès qu’à des sélections des conférences. 

 

Coste

Date

Dodin

207

30-05-59

130

180

17-05-58

103

195

06-12-58

118

196

13-12-58

119

197

14-12-59

120

198

21-02-59

121

199

07-43-59

122

201

21-03-59

124

202

28-03-59

125

203

18-04-59

126

204

02-05-59

127

205

16-05-59

128

206

23-05-59

129

207

30-05-59

130

208

06-06-59

131

210

05-48-59

133

211

22-08-59

134

212

29-08-59

135

213

26-09-59

136

214

17-10-59

137

215

24-10-59

138

216

07-11-59

139

217

14-11-59

140

218

21-11-59

141

219

28-11-59

142

220

05-12-59

143

221

12-12-59

144

222

19-12-59